Les rayons « Jeunes adultes » : exposition de la littérature cross-over

Autrefois, il existait la littérature jeunesse qui s’adressait aux enfants entre 1 an et 12-13 ans, puis un peu de littérature adolescente, mais surtout de la littérature classique adulte qu’il fallait avoir lue pour prétendre obtenir de bons résultats scolaires et universitaires. Depuis quelques années, on voit arriver en France  des ouvrages américains appartenant à  la littérature Jeune Adulte. Ces deux termes sont révélateurs de l’attention portée par les auteurs et les éditeurs au lectorat composé de jeunes de 15 à 25 ans. Comment ne pas se demander à quoi tient l’essor considérable de ce type d’ouvrage. Pour cela ne doit-on pas reconsidérer  le statut du livre, non plus objet culturel mais objet sociétal ? Car en tant qu’objet de consommation le livre est devenu la référence sociale de l’adolescent « il n’y a plus de livres qu’on doit lire parce qu’ils forment un socle de culture commune, mais parce qu’ils sont les sujets des échanges sociaux, comme on parlait autrefois du dernier film qui sortait sur les écrans ou passait à la télé du dimanche soir » (Nouvelobs.com 12 2010)

Cliquer sur l'image pour accéder à la chronique de http://www.choisirunlivre.com

Pas encore pleinement adultes mais plus réellement des enfants, ces jeunes sont adeptes de bons romans, bien ficelés, comportant fréquemment une composante fantastique et surtout abordant des thèmes qui constituent leur vie quotidienne.

Les éditeurs jeunesse, conscients du marché important que représente ce lectorat, développent considérablement leurs collections. Un coup d’oeil jeté aux stands présents au Salon du Livre de Montreuil 2010 permet de le confirmer.

http://www.salon-livre-presse-jeunesse.net/pdf/guide-decouverte_ado.pdf

Spécificités de la littérature jeune adulte

Il est primordial de reconnaître que ces ouvrages offrent généralement des récits remarquablement bien construits : les personnages, les intrigues, les émotions, la qualité des amitiés sont exceptionnels et cela explique que les jeunes ne rechignent pas à suivre le héros sur des milliers de pages. Les auteurs sont de merveilleux conteurs, notamment les anglo-saxons, prédominants sur le marché. D’ailleurs, de nombreux lecteurs français font volontairement le choix de la version originale et améliorent ainsi leur anglais !

Ce ou ces héros sont des jeunes de 15 à 25 ans et le récit est fréquemment à la première personne ce qui permet non seulement au lecteur de s’identifier au personnage mais également de connaître ses pensées les plus intimes, ses raisonnements, ses affres moraux. Les adultes sont peu présents et le jeune héros trouve aide et conseils auprès de ses amis.

Les thèmes reflètent les préoccupations quotidiennes des adolescents avec les souffrances et les joies qu’elles engendrent, les choix qu’il faut réaliser et les conséquences qui en découlent : divorce des parents, viol, homosexualité, suicide, chantage, anorexie, premier amour… Au cœur du roman se trouvent donc un ou des dilemmes que le protagoniste doit résoudre. Ses moyens sont alors divers : les amis, fréquemment la magie et / ou l’investissement personnel sans échappatoire.

La langue est proche de la langue parlée et use fréquemment d’argot, d’abréviations ou au contraire, ce sont des livres fantastiques, présentant des mondes parallèles dans lesquels, les coutumes, la langue, les habitants sont différents. Le lecteur se retrouve, au côté du héros, dans un univers inconnu, où il doit vivre. C’est donc son adaptation au changement qui constitue le dilemme.

Le temps est court : un trimestre, un mois. Car comme pour un scénario de cinéma, les évènements s’enchaînent, sans temps mort. Ce sont en effet des romans très visuels, une succession d’images qui place le lecteur en position d’observateur.

La fin, souvent optimiste reste généralement ouverte car, à l’image de la vie ordinaire, l’avenir est toujours incertain.

Et attention, il ne faut pas croire que ces ouvrages font fi de ceux qui les ont précédés. Le jeu de l’intertextualité est très présent : des références abondantes avec les mythes et les légendes (dans la littérature fantasy) ; des allusions aux contes de fées ; des clins d’oeil aux figures classiques des romans noirs ou  de la littérature anglaise du XIXème. Seul le lecteur ayant un bagage classique important découvrira la richesse cachée de ces ouvrages rédigés pour la plupart par des écrivains à la culture solide.

Objectifs de la littérature Jeune Adulte

Toute cette mise en scène vise à épauler les jeunes confrontés aux changements émotionnel, physique et social qu’engendre le passage de l’état d’enfance à celui d’adulte. A travers ces « cas d’école », il se forge sa propre opinion, prend conscience des véritables enjeux des situations présentées, réalise les conséquences des actes posés. Mais Maria Nikolajeva* remarque : «  le cerveau de chaque lecteur est marqué par chaque ouvrage lu, mais celui de l’adolescent est particulièrement perceptif et par conséquent vulnérable… Ils n’ont pas la capacité de porter des jugements. En clair, ils peuvent se construire de fausses idées parce qu’ils sont socialement et émotionellement instables : les jeunes enfants sont présumés croire ce qu’on leur dit, les adolescents commencent à penser par eux-mêmes, ils s’interrogent et ils doutent. »

C’est pourquoi aux USA, les enseignants utilisent ces ouvrages pour traiter des problèmes économiques ou de société : la corruption, l’éthique, le racisme, l’égalité des chances… donnant ainsi l’exemple d’une discussion constructive autour d’une œuvre de fiction à fort caractère pédagogique.

 

 

*directrice du Cambridge/Homerton Research&Training Center Children’s Litterature

Censurer ou / et conseiller ?

Cet exemple pratique permet de bien comprendre l’importance de la discussion avec l’adolescent.  Car comme le dit Maria Nikolajeva « Les enfants trouveront toujours le moyen de s’emparer des objets que les adultes veulent leur cacher… Il est donc important de laisser les jeunes être exposés à toute sorte de littérature et de cultures, sombres ou claires, sérieuses ou divertissantes ; et c’est toujours une bonne chose de parler avec les enfants de ce qu’ils lisent, regardent ou écoutent ».

Mais une autre attitude est aussi possible « ce qu’on peut faire c’est de leur faire connaître des livres qu’on aime, qui sont parfois dans des genres qu’ils ne connaissent pas. Pour des ados qui ne lisent pas, ça peut être important que des adultes, qui comptent pour eux, leur conseillent de la littérature. Parfois, ils ne vont pas forcément les lire tout de suite, mais ça fera référence à un moment donné » déclare Sylvie Vassalo*. L’investissement des éducateurs est indispensable pour générer la diversification des lectures
Sans adhérer totalement avec les propos d’Annie Rolland** :  « Il faut laisser tout lire aux ados, et il faudrait peut être leur apprendre à faire confiance car ce sont des personnes responsables, qui font des choix et, que la peur que les adultes ont constamment, enferme, étouffe…De plus la peur n’a jamais été bonne conseillère donc il faut apprendre à la combattre », gardons en mémoire cette phrase pleine de vérités de Sylvie Vassalo : « Quand on se souvient de sa propre histoire, on sait aussi que le côté subversif de certaines lectures a été fondateur de notre personnalité. Par contre, tout ça n’empêche pas le dialogue, quand il y a des textes qui peuvent choquer les parents, qui peuvent surprendre, c’est important d’en discuter. »


* directrice du Centre de promotion du livre de jeunesse de Seine Saint Denis.

** Annie Rolland. Qui a peur de la littérature ado ? Thierry Magnier, collection Essais, 2008

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Un commentaire pour Les rayons « Jeunes adultes » : exposition de la littérature cross-over

  1. inescomme dit :

    Bravo pour cet article sur une littérature très appréciée des ados mais encore encore mal connue des parents en France et qui nous éclaire donc sur son contenu et ses enjeux …

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