La chick-lit : littérature romantique du XXIème siècle ?

C’est en 1996 que ce terme apparaît. Il signifie littéralement « littérature de poulette » et évoque les commérages et les ragots qui alimentent les discussions féminines. Ces bavardages concernent principalement les histoires d’amour des unes et des autres et c’est donc la recherche de l’amour sans nuage qui est au coeur de ces récits. Les héroïnes sont belles, citadines, drôles et branchées. Elles aiment le shopping, les rencontres entre copines, soigner leur corps et sortir le soir. Elles veulent être aimées et lorsque la richesse et le pouvoir sont aussi de la partie, tout est au mieux ! Ce genre attire donc aussi bien les adolescentes qui rêvent d’amours idylliques que les jeunes professionnelles en quête de l’âme soeur.

 

C’est la compilation d’articles rédigés pour le New-York Observer par Candace Buschnell, éditée sous le titre de Sex and the City, qui est à l’origine de ce nouveau phénomène littéraire. L’année suivante, en Grande-Bretagne, Helen Fielding publie Journal de Bridget Jones puis en 2003, Lauren Weisberger lance Le diable s’habille en Prada. Ces romans ont donné lieu à des adaptations télévisées ou cinématographiques qui ont été des succès mondiaux.

Ces fictions présentent le monde « de rêve » des self-made men ou women à qui tout réussit et celui de leurs descendants à qui tout est donné dès la naissance. Le ton est volontairement ironique et léger. L’auteur se livre avec humour à une satire de la upper-classe et du monde du show-bizz et de la mode : achats compulsifs, anxiété latente, amours contrariés, soirées bien arrosées… Cet humour noir est propre aux anglo-saxons. Les auteurs français peinent à le transposer à la vie française, tout comme ils éprouvent des difficultés à retrouver un arrière-plan aussi évocateur que les gratte-ciels new-yorkais et les limousines américaines.

Ces romans peuvent-ils être considérés comme les romances du XXIème siècle ? Oui dans la mesure où ils sont une quête du grand amour dans la société actuelle.  Les travers de celle-ci ne sont pas cachés : le stress, la consommation abusive de drogues et d’alcools, la surconsommation… et constituent la toile de fond sur laquelle se meuvent des femmes ou adolescentes en quête de reconnaissance, qui s’adaptent sans se rebeller.

Faciles à reconnaitre à leur couverture rose et flashy, ces romans sans aucune prétention littéraire paraissent chez de nombreux éditeurs : collection Wiz chez Albin Michel ; collection Gossip Girl chez Fleuve Noir ; Gallimard; Girls in the city chez Marabout; Red Ink chez Harlequin

Les auteurs sont généralement issus en majorité du milieu journalistique. Le monde des milliardaires et des acteurs, qu’ils peuvent être amenés ainsi à côtoyer au quotidien,  est une source importante d’inspiration. D’autres, comme Meg Cabott, relisent  leur journal intime pour camper leurs héroïnes.

Les titres sont tout à la fois évocateur, provoquant et intriguant.  La cellulite c’est comme la mafia, ça n’existe pas de Pulsatilla ;  Ce crétin de prince charmant, d’Agathe Hochberg; J’ai 15 ans et je ne l’ai jamais fait de Maud Lethielleux …

Quels sont les arguments des anti chick-lit ? L’usage de personnages stéréotypés : leur physique comme leur comportement sont des caricatures indéfiniment reproduites. L’absence de renouvellement des thèmes : recherche du mari idéal, quête d’identité pour les adolescentes, passage à la dizaine supérieure pour les femmes. L’atmosphère mièvre et gentille : une problématique unique et simple, une vision optimiste de la vie et une fin systématiquement heureuse. Ils dénoncent l’absence de qualités littéraires : les traductions sont pauvres, hésitantes entre adaptation et traduction littérale (ce qui se remarque notamment dans la transcription des années scolaires, dans le choix des marques attirant l’oeil des consommatrices…) et usent d’un vocabulaire restreint. Enfin ils condamnent l’image de la femme qui transparaît de ces romans roses. N’est-elle pas obnubilée par l’amour, obsédée par son physique et assez limitée intellectuellement ?

Parler de l’avenir de la chick-lit est par conséquent bien hasardeux. Alix Girod de l’Ain, auteur et journaliste pour Elle considère tout simplement ces romans comme des prolongements aux magazines féminins : « Cela se lit, parfois un peu honteusement, comme ces Gala qu’on cache sous la tablette du TGV ». Les auteurs pour adolescents utilisent parfois ce genre pour véhiculer des messages. Ainsi Meg Cabott ne cache pas que : « Je voulais vraiment écrire un livre dans lequel un de mes personnages
a une relation sexuelle protégée et ne subit pas pour autant de conséquences
désastreuses, parce que j’étais tellement effrayée en tant qu’adolescente,
par ces livres de littérature jeunesse où toutes les filles couchaient et finissaient
par se retrouver enceinte. Alors, j’ai tout simplement écrit un livre inspiré
de ma première expérience sexuelle ( Samantha dans tous ses états ) ». D’autres, sans être des auteurs de chick-lit, n’hésitent pas à en prendre certaines composantes pour attirer un plus vaste public.

Il est cependant intéressant de noter que la lad-lit ou dick-lit fait timidement son apparition chez les hommes (drague, bière et foot)

Alors, que conseiller aux jeunes filles qui aiment les belles histoires ? Sans hésiter, relire les romancières anglaises et américaines du XIXème. Jane Austen, Charlotte Brontë, Edith Warthon sont sans égales pour évoquer les affres de la psychologie féminine. Certes le contexte est différent mais les personnages sont tellement intéressants ! Et se plonger dans les histoires d’amour classiques : la littérature, de l’Antiquité à nos jours, n’en manque pas !

Et pour celles qui sont vraiment fascinées par le monde « des filles de… », la lecture d’un ou deux romans de chick-lit peut les convaincre que leur vie n’est finalement pas si mal, tant les à-côtés de la « belle vie » sont croqués avec humour dans certains de ces livres.

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